jeudi 26 février 2015

Le Goût du passé

Le Soleil brille encore
Sur quelques vils tableaux
Ceux peints de nos deux corps
A la peinture à l'eau

La couleur se délave
Laissée au gré du vent
S'enfuit de ton enclave
Et luit au firmament

Je goûte aux souvenirs
Comme on goûte l'opium
Chaque fois pour mourir
Le plus heureux des hommes

mardi 24 février 2015

Grains de sable

La base
De l'édifice
Je m’érige comme un Dieu
Déchut
Sous terre
Les doigts et les lèvres bleus

Mortels
Au bout du compte
Mes rêves ont détruits le monde
Déçue
Enfouie
La petite voix profonde

Un Dieu
Et cette voix
Je suis ton inspiration
Écoute
Respire
La tombe est ta négation

mercredi 11 février 2015

Une histoire et une page qui se tourne

Je m'appelle Arthur, j'ai 22 ans, je suis étudiant en cinéma, écrivain et poète amateur à mes heures perdues.


Tout commença alors que j'étais en terminal, je ne savais pas encore ce qui pouvait me différencier des autres, ces autres que je trouvais immondes dans leurs uniformités, et ridicules dans leurs spécificités. Moi-même, qui n'étais rien, je me dégoûtais de ne même pas pouvoir faire parti de leur monde.
Je n'ai jamais su me faire facilement des amis, et à l'époque ce n'était pas de ma faute, j'en étais persuadé. J'étais de mauvaise fois avec moi-même.
En cette dernière année de lycée, une fille, nouvelle en ville, nouveau visage. Occasion inespérée de nouer un lien nouveau, alors que ma réputation de looser n'étais plus à prouver chez les habitués... Et dans le même temps, un ami écrivait des poèmes. Le pauvre, je crois n'avoir jamais réussi à lui avouer à quel point je les trouvais... Moyens, dirons-nous.
Pourquoi je ne pourrais pas en écrire moi-même? Après tout, je suis pas plus con qu'un autre. Je devais me prouver que j'en étais capable, et ça pouvait m'occuper autrement l'esprit. Pour l'occasion, je m'étais inscrit sur un site Internet communautaire de poésie, Outre Rêve. D'ailleurs, j'étais sûr que la nouvelle de la classe, appelons-la Suzanne - gothique, l'air plutôt renfermée, et dont l'histoire vraie n'avait rien à envier aux meilleurs scénarios mélo-dramatique rocambolesque de séries - ne serait pas insensible au charme timide et fragile d'un homme qui sache transformer les mots en des mondes.


Le début d'un renouveau. Après une année sentimentale catastrophique, et à mon grand étonnement également très productif en textes - je me découvrais une passion -, j'ai finalement réussi à décrocher le baccalauréat, et le cœur de Suzanne.
Nous étions si timides, et si tendres. On se découvrait l'un l'autre petit à petit, passant des lycéens amoureux aux amants fougueux, de la tendresse fragile à la tendresse profonde, des yeux qui se croisent aux regards brûlants.
Entre temps il fallait bien aller à nos études supérieurs. Elle partit à Lyon. Pour ma part ce fut Saint-Étienne, en faculté d'arts-plastiques. On se voyait presque tous les week-end. C'était parfait. J'ai rencontré des gens formidables lors de mes 3 années d'études là-bas. Je me suis fait des amis. Difficilement, mais sûrement, je commençais à prendre confiance en moi, et les gens commençaient à me paraître moins immondes, moins ridicules.
Et je continuais d'écrire sur Outre Rêve. Je ne sais pas combien de textes j'ai pu poster, j'en ai perdu beaucoup d'ailleurs. Beaucoup de déchets, donc finalement ce n'est pas si grave. Mais j'avais la foi. Dans les encouragements que l'on me donnait, dans les compliments que je recevais, et même dans les plus salauds des commentaires, je savais que je progressais. Et surtout je savais que j'étais lu, besoin égocentrique sans nul doute, mais qui voudrait écrire ou parler éternellement à son ombre? Je n'étais pas le plus fort pour commenter les textes des autres. Non pas que je ne m'intéressais pas, mais certains savaient quoi dire, et moi je ne savais jamais trop, à part quelques banalités. C'est toujours un point sur lequel je me dois de travailler d'ailleurs, je n'ose toujours pas assez.
A la suite de certaines frictions entre la modératrice et quelques autres personnes, Le Comptoir des Lettres ouvrit ses portes. Et je m'y suis engouffré dès le premier jour. Imaginez l'excitation de participer, de voir grandir un site tout nouveau, encore vierge, que moult écrivains en herbe, dont moi, s'empresseraient d'y faire fleurir leurs plumes. Une vraie petite aventure humaine, faite de pseudonymes et d'encre virtuelle.


Au terme de ces 3 années d'études, j'obtins ma Licence d'arts-plastiques. Souhaitant changer de cursus, j'ai aussi changé de ville, pour venir à Lyon. Je me suis réorienté vers le cinéma. Une première année chaotique à bien des égards. Je voulais directement aller en master, mais je dû repasser une 3ème année de licence pour rattraper un peu de mon retard sur cette formation. Niveau logement, le bordel, mais moi et mon meilleur ami avons réussi à nous dégoter un tout petit studio étudiant prévu pour la collocation. Une collocation intense : une seule pièce, donc les 2 lits côte à côte. Heureusement qu'on s'aimaient bien!
Je voyais toujours autant Suzanne, les week-end, mais alors que j'arrivais à Lyon, elle partait à Nîmes, pour ses études. On passait nos grandes vacances ensemble, ça rattrapait le temps qu'on ne se voyait pas le reste de l'année, pendant parfois 2 ou 3 semaines. Depuis le temps qu'on avait pris l'habitude qu'elle vienne chez mes parents le week-end, elle avait très bien sympathisé avec toute ma famille. Et je l'aimais comme un fou. Je ne lui montrais peut-être pas assez... Quoiqu'il en soit, pendant que je découvrais ma nouvelle faculté, elle découvrait le sienne. Et à partir de là, quelque chose à vraiment changé.
Ce n'est pas que des problèmes n'étaient pas survenus avant, on les réglait, ou on passait outre, on savait être intelligents, mais elle se rendit compte à quelle point sa nouvelle faculté était nulle, qu'elle est y perdait son temps. Et alors qu'elle réfléchissait sur sa vie, comme une révélation soudaine, des changements devaient s'opérer pour qu'elle puisse se sortir de là, faire ce qu'elle voulait vraiment faire, avec pour objectif de gravir le plus de marche possible vers la Réussite. Et il y avait moi.
Au final je suis quelqu'un de simple. J'ai des aspirations, évidemment, mais j'aime aussi ne rien glander, m'amuser, regarder des choses futiles mais drôle sur Internet, jouer à des jeux-vidéo... Mais il devenait de plus en plus évident, et même ostentatoire, que je devenais un problème : il était hors de question de se divertir comme le commun des mortels, la seule chose à faire est de tout mettre en œuvre, à présent, pour réussir dans la vie! Je devais changer beaucoup de choses dans ma vie et ma façon d'être. Je devais bien sûr rester moi, mais d'une autre façon. Devenir un autre homme. Non, plus précisément, et pour utiliser ses mots : "arrêter d'être un gamin pourri gâté". Est-ce que je vous avais dit d'ailleurs qu'elle se vantait de ne pas avoir vraiment de famille, à part son frère, et que ça lui avait permis de savoir se débrouiller très tôt toute seule? Moi je n'avais pas eu de chance : j'avais un père et une mère, vous pensez bien...


J'avais réussi mon année universitaire, la rentrée se faisait proche, et j'étais de plus en plus démuni avec Suzanne, qui m'en demandait toujours plus. Pendant presque 3 mois interminables, on ne s'embrassait plus vraiment, on se touchait difficilement, et on ne faisait plus l'amour. Quel meilleur moment que celui où je vomis mes tripes à l'occasion d'une indigestion pour me dire qu'elle ne m'aime plus? Elle ne m'aime plus mais attention : elle veut que je la fasse retomber amoureuse de moi. Si tu ne m'aimes pas tel que je suis, je ne le pourrais tout simplement pas, ça me semble logique, mais ça elle ne le comprenait pas : si je l'aimais vraiment je devrais avoir la force de tout faire pour la garder. Non, la force j'en avais plus, d'autant plus qu'elle même ne faisait aucun effort pour me comprendre ; elle avait raison, toujours raison. Et quand j'avais raison, j'étais un gamin, donc j'avais tort.
On a rompu début septembre 2014, après 4 ans. Je savais que c'était la meilleure chose à faire. C'était évident : je ne pouvais rien faire de mieux que d'être moi, et elle ne pouvait plus l'accepter. Mais j'étais quand même déchiré. Quatre années, c'est long, et il y a tant de bons moments que je chéris encore... Elle s'est trouvé un autre homme à peine 2 semaines après. Ça a été le coup fatal. Je ne valais donc rien à ce point? Notre histoire n'était tellement rien qu'elle puisse déjà la laisser de côté pour quelqu'un d'autre? Ce qu'on a vécu était donc décevant au point de dire au et fort sur ton réseau social que tu vois l'avenir libre et magnifique, libérée de ton passé?... En si peu de temps?...
Cela faisait pas mal de temps que je n'écrivais presque plus, je crois que, entre ma collocation et mes histoires sentimentales, je ne trouvais ni le moment ni la force d'écrire quelque chose qui pouvait me plaire, et que je pouvais partager. Je suis revenu à la charge à peu près à ce moment-là, en apprenant une nouvelle fois que j'aimais ça, écrire des poèmes. Après ces quelques temps d'absence, et la fermeture d'Outre Rêve, je me suis rendu compte que j'aimais vraiment cette ambiance de partage, de débat, d'écriture. Oh certes, je fais parti des timides qui se montrent peu, mais c'en est pas moins sincère.


Depuis mes débuts sur Outre Rêve jusqu'au Comptoir des Lettres, j'ai rencontré d'autres gens formidables : Bip..., Bleuterre, Bosman, Facettes, Labuse, Laurenced, Little Flower, Lolaaaa, Norah., Ombresque (ou Inki, ou Pendatce, ce con à tellement de noms...), Tanagra, et d'autres que j'oublie forcément, et globalement toute la communauté. Non c'est vrai, je ne les connais que très peu, pour la plupart seulement grâce à leurs textes et à leurs commentaires, mais je vous aime. Et qu'est-ce que j'apprends? Comment? Ai-je bien lu? Oui, le Comptoir va fermer... Une nouvelle page va se tourner. J'ai comme l'impression que le destin me demande de faire peau neuve. En peu de temps je perds beaucoup. Et je dois ajouter mon grand-père à la liste...
Ce n'est pas bien drôle, mais cela ne doit pas m'arrêter. Ça ne doit arrêter personne! Il faut faire un deuil. Et il faut savoir faire abstraction du passé, c'est sûr, mais il ne faut pas l'oublier, jamais. Il y a trop de bonnes choses. Mais il faut aussi continuer à avancer, sinon on ne devient plus rien et tout ceci aura été vain.


Je vous raconterais bien la suite de l'histoire, mais je ne la connais pas encore. Peut-être que pour certains ce sera la fin, pour d'autres elle ne fait que commencer. A vous de voir maintenant si ça vous dit qu'on la poursuive ensemble...